Si ç'avait été une saison ordinaire, cette victoire écrasante en terre gasconne aurait été le sommet, l'aboutissement, le moment sublime...
Niveau rivalité entre Préfecture et Sous-préfecture, la double confrontation de cette année aura donné 10 points de classement à 0, 101-46 à la marque, 12 essais à 6... Comment rêver mieux ? Il semble déjà loin le temps où l'on regardait avec envie et admiration la croissance sportive et médiatique des Ciel et Blanc chouchous de Canal+.
Mais là, compte tenu des enjeux de fin d'année, on sait que cette victoire n'est qu'une étape, et que la vraie validation sera de fouler la pelouse du Vélodrome. De quoi rester en alerte et en haleine, sans se vautrer dans la satisfaction (pourtant bien réelle) d'avoir faire taire la Peña Baiona.
Avec une compo dans la droite ligne de la réception du Racing, j'avais des craintes avant le coup d'envoi, confirmées par cette première mi-temps qui aura logiquement ressemblé à nos trois dernières prestations (La Rochelle, Parme, Racing). De la robustesse devant, du terrain de gagné, mais trop d'imprécisions pour bien se payer, et des lancements de jeu inquiétants. Notre redoublée avec le 10 qui se décale dans le dos, tout le monde l'attend, et on a de plus en plus un défenseur qui monte pour parasiter Despérès : trois ballons tombés sur ce schéma répétitif. Et à la 4e minute seulement, on s'était déjà fait gratter deux ballons au sol !!!

Mais une différence de taille qui pourrait passer inaperçue : nos buteurs à nouveau en réussite. Les quatre pénalités et deux transformations converties nous permettent de creuser l'écart et de passer tranquillement à +16 dès qu'on marque le 2e essai, sans être forcément transcendants ; à ce moment-là on sent que le match est déjà gagné, or on n'est qu'à la 47e ! Après, on a déroulé en se libérant, comme souvent, grâce à de beaux gestes individuels qui tirent tout le monde vers le haut. Lapalissade simple mais cruelle : un mec qui fait un en-avant bête plombe toute l'équipe, tandis qu'une jolie touche trouvée ou un crochet dévastateur comme celui de Brau-Boirie donne de l'air à tous les co-équipiers.
On a eu de la réussite aussi, et il en faut, surtout sur la commotion de Bosch au quart d'heure de jeu ; c'est leur meneur de combat, autre gratteur impénitent, et vu les absences en 8 et la présence d'un faux talonneur sur le banc en la personne de Nacho, il était sans doute prévu que la Tondeuse reste sur le pré jusqu'à la 70e... En tout cas, c'est ce à quoi je m'attendais. Je crois que cette sortie leur a fait très mal, et ils n'avaient pas besoin de cela.
En revanche, même diminués, je ne dirais pas que les Bayonnais ont fait un non-match, qu'ils ont été insignifiants, comme on peut le lire ici ou là, comme dans SO. Les séquences offensives qu'ils nous ont proposées restent de qualité — et ils ont tout fait pour nous sortir du bonus. Simplement, sur l'ensemble, ils ont été dépassés, voilà tout, à commencer par la fraîcheur mentale et physique, qui était de notre côté. Les confidences d'Orabé en après-match sont importantes à retenir : pour lui, à force de tourner avec les mêmes joueurs, l'effectif bayonnais est usé, privé de ressources. Ce peut être un avertissement pour nous : on sent bien que notre compo tend à se figer à l'approche des phases finales, or il faut continuer à injecter un peu de sang frais et d'incertitude pour avoir de quoi se transcender et surprendre un peu l'adversaire.
La gestion de la 3e ligne sans Whitelock a été très intéressante de ce point de vue : Isa rentre à la place de Crédoz à la 48e — donc on aura bien joué 34 min avec Gorgadze et Isa ensemble, puisque ce point fait débat pour certains —, puis Crédoz de nouveau à la place de Zegueur à la 67e. C'est astucieux, et plus simple finalement que de redescendre Auradou en 3e ligne au cours de la partie. Maintenant, est-ce qu'on réussira à impliquer aussi Tuipulotu ? Je l'espère, pour les raisons données ci-dessus. Même enjeu pour Mondinat derrière, et bien sûr Arfeuil quand il reviendra. Au centre, en revanche, je pense qu'on fera les 4 derniers matchs avec la paire Brau-Boirie-Gailleton. À voir si on est sûr de nos forces pour remettre Decron contre Montauban.
Enfin, contre Paris, ce ne sera pas la même opposition, mais on a largement le niveau pour leur rejouer un mauvais tour — et laver la déception de l'an dernier, où l'on avait laissé connement échapper la victoire à Jean-Bouin.
Après lo malh, un aute malh ! !
"Je connais un type qui est tellement con qu'il ne comprend même pas ce qu'il pense." (Philippe Geluck)